Le grand retour de la traduction dictée


En 2020, c’est le moment de dire « Adieu ! au clavier » et d’amorcer le grand retour de l’oralité. Dans les années à venir, c’est la traduction dictée qui deviendra la norme dans le secteur de la traduction professionnelle.

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Pour taper le mot Vigneault, j’ai besoin de dix frappes au clavier : deux pour le v majuscule et huit autres pour chacune des autres lettres. Si je veux être poli, Monsieur Vigneault : vingt frappes, espace comprise.

Depuis plus d’un demi-siècle, les traducteurs ont la possibilité de dicter leurs textes plutôt que de les taper à l’ordinateur. Pourtant, la traduction dictée et les outils de dictée sont vus aujourd’hui avec méfiance par les traducteurs en exercice et les écoles de traduction. La majorité des traducteurs s’en tiennent aux méthodes traditionnelles parce qu’ils n’ont pas fourni à la traduction dictée l’occasion de faire ses preuves. Toutefois, un nombre non négligeable de traducteurs dans le monde entier dictent leurs traductions actuellement.

Nul ne cache que la traduction dictée permet de doubler, voire tripler, sa productivité. Elle permet de se concentrer sur le transfert interlinguistique et de produire des traductions de meilleure qualité. Elle aide à prévenir des troubles de santé liés au travail de bureau et à se sentir en forme. Elle offre une satisfaction professionnelle accrue et une meilleure qualité de vie aux traducteurs.

Le grand retour de la traduction dictée, sous une nouvelle forme

Les nombreux témoignages des traducteurs dictant leurs traductions et les travaux scientifiques des quatre dernières décennies nous ont inspirés à développer le concept de traduction dictée interactive (TDI). La TDI ravive la traduction dictée telle que pratiquée il y a un demi-siècle tout en intégrant le meilleur des technologies interactives, multimodales et infonuagiques d’aujourd’hui, dont la reconnaissance vocale et les appareils mobiles et à écran tactile.

Au-delà d’une productivité accrue

La TDI offre le potentiel de devenir l’une des techniques de travail les plus efficaces et ergonomiques dans l’avenir de la profession. Elle offre l’avantage de fonctionner dans une vaste panoplie de combinaisons de langues. Elle peut être utilisée n’importe où et n’importe quand , à partir de votre ordinateur ou de vos appareils mobiles.

La TDI stimulera aussi l’acquisition de compétences de transfert interlinguistique chez les apprenants de langues secondes et attirera de milliers de nouveaux étudiants en traduction et en interprétation vers les Grandes Écoles et les universités. Ainsi, elle se projette comme une solution incontournable pour répondre à la demande croissante de traduction professionnelle à l’ère du numérique et de la mondialisation.

Enfin, la TDI permettra aux locuteurs de langues ne possédant aucun système d’écriture d’accéder à du contenu traduit, indispensable pour leur compréhension du monde, leur éducation et leur développement durable, ainsi que de faire connaitre leur patrimoine littéraire et culturel. Elle peut ainsi contribuer à la survie des langues en danger et renforcer la diversité linguistique sur notre planète.

 

La langue est dans son essence une affaire d’oralité. La traduction est, dans son essence, une affaire de compréhension et de communication interlinguistique et interculturelle, et non pas une compétition de frappes par minute ni de mots par jour. 

Adieu au clavier et à l’automatisation de l’art de traduire

Je ne vois pas la profession de traducteur menacée par la traduction automatique ou l’intelligence artificielle (quoique cette dernière joue un rôle important dans la conception d’outils de TDI émergents). Pour comprendre les subtilités des quelque 7 000 langues et les nuances culturelles, les humains surpassent encore, et de loin, les machines. Je vois dans la TDI le véritable espoir : la véritable façon de produire des traductions humaines de qualité supérieure, à une vitesse très proche de la vitesse de notre pensée.

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